Le grand récit de mon accouchement

Trois mois sont maintenant passés depuis mon accouchement. Je ne sais pas si je vais finir par oublier alors j'écris. Parce qu'en effet je pense qu'on oublie, on oublie l'horreur qu'on a vécu... sinon on ne referait plus d'enfants! 

Trois mois ont passés et je me demande encore comment font les autres femmes. Et je dis respect. En ce qui me concerne, j'ai encore mal... 

Ce récit est avant tout pour moi, pour me souvenir et pour celles et ceux que ça interesse Clin d'œil. Je ne veux ici pas me plaindre car je sais que de nombreuses femmes ont beaucoup plus souffert que moi (et qui sait à quoi je devrais m'attendre la prochaine fois); je veux juste raconter, témoigner. 

(Il est très long, il est possible que vous ne lisiez pas jusqu'au bout Rigolant)

Dimanche

Je me réveille avec de légères douleurs au ventre. Cela fait 2 jours que le terme est dépassé. Je ne reconnais pas ces douleurs, c'est une sensation nouvelle. Ma mère est chez moi, je lui demande s'il s'agit de contractions: "je ne saurais te dire, je n'en ai jamais ressentie". (Quand je suis née, on a du provoquer l'accouchement, elle n'a pas connu le vrai travail. ) Et la je me dis super, à quoi tu sers alors ? Bon j'exagère, mais je suis pas d'humeur, j'en ai marre d'attendre et mal en même temps. Les douleurs sont régulières, je me dis que ce sont surement les contractions. 

On a rendez-vous à 14h à la maternité pour  monitoring, un contrôle de routine car bébé ne voulait pas sortir. Les contractions sont de plus en plus douloureuses, je commence à avoir peur. Le monitoring montrera qu'effectivement ce sont des contractions assez régulières mais pas assez rapprochées. La SF m'examine: est-ce la peine de préciser que je n'ai jamais eu autant mal à un examen? Tout ça pour m'apprendre que je suis dilatée à 1 cm. A la surprise générale, on nous renvoi chez nous. Selon la SF il ne va rien se passer. Je lui demande alors quelque chose pour soulager la douleur et elle me donne du Spasfon. Du Spasfon? Pour des contractions? elles m'a pas prise au sérieux là! elle est jeune, je me dis qu'elle est jamais passé par là elle-même. 

Lundi


Effectivement il ne s'est rien passé. On avait bien fait de rentrer. Mais je vais passé cette journée comme celle d'hier: couchée dans le lit, tordue de douleur. Mais je supporte, je dis à tout le monde que tout va bien: Même pas mal!

20h:  Le soir avant le dîner, les douleurs sont beaucoup plus intenses: je me tiens aux meubles pour me déplacer. Je ne veux pas aller à la maternité, je n'ai pas envie qu'une SF nous renvoie encore une fois à la maison, avec leur petit air hautain, comme si elle savait mieux que nous ce que l'on ressent. Au dîner je n'arrive pas à tenir sur la chaise, je mange quand même. Mon mari me voit gigoter dans tous les sens pour résister et m'emmène de suite à la maternité. On arrive à 21h à la maternité après un trajet insupportable, je ne savais plus quelle position adopter tellement la douleur est forte! Le gardien de nuit nous emmène à la salle d'attente, appelle une SF et là on attend une bonne demi-heure... Pourquoi? on ne saura jamais. Moi pendant ce temps là, je n'en pouvais plus. 

21h30:  On me branche au monitoring. J'ai toujours cette impression de "vous exagérez" dans le regard des SF et qu'il leur faut ce monitoring pour voir la hauteur de la courbe, pour être sûre que vous souffrez bien avant de décider de vous garder. Elle observe la courbe et ne semble pas convaincue: je reviens vous voir dans une heure. 

22h:   Je ressens une terrible douleur au ventre, si forte que la poche des eaux se rompt. A ce moment là je me dis que c'est la douleur la plus intense que j'ai jamais connu... ce n'était que le début. Mon mari appelle la SF, elle arrive et constate qu'en effet, il va falloir nous garder à la maternité cette fois. Elle m'examine et je ne suis toujours dilatée qu'à 1 cm!! Elle repart. Nous sommes seuls dans cette salle de travail, on attends (quoi?). Je commence à entrevoir le cauchemar qui m'attends: la dilatation est longue et la douleur incessante empire...

22h30:   Je ne dis rien mais mon mari a bien compris ma détresse. (Sa main écrasée toutes les 5 min a du lui mettre la puce à l'oreille) Il appelle la SF et lui demande si on peut poser la péri bientôt. Comment ? La péri? déjà? vous ne voulez pas souffrir encore un peu d'abord? La SF nous propose gentiment d'attendre encore. Et pour ce faire, elle nous demande d'aller dans la salle d'à coté ou il y a un ballon de gym. Avec mes atroces contractions, je dois en plus me déplacer! Quelle bonne idée! Je me lève, à moitié à poil, une fois debout je manque de m'évanouir tellement j'ai mal. Pourquoi on me fait faire ca! Laissez moi allongée! Il me faut en plus me rhabiller car on doit traverser tout le couloir. Heureusement chéri est là! 

23h:   Mon mari et moi sommes dans la nouvelle salle de travail. Les contractions continuent de plus belle. Maintenant que je suis debout, je n'arrive plus à m'allonger! Le moindre changement de position devient une torture. Mon mari me dit souffle, respire... T'es gentil, toi, j'aimerais bien! Lorsque les contractions arrivent, étant debout, je dois m'accrocher: au lit, au mur, au meuble, n'importe quoi, il faut que je m'accroche. Heureusement à chaque crise mon mari me tient dans ses bras, ça m'apaise. Du coup le ballon, il a servit à rien. Je ne pouvais absolument rien faire ni tenter, le moindre mouvement était un enfer. 

23h30:    Je me demande bien pourquoi on me fait attendre pour la péridurale, je n'en peux plus. Soudain je cours aux toilettes: j'ai envie de vomir. Entre deux (voire quatre) contractions je suis allé vomir tout mon dîner. Des vomissements d'une violence digne d'une gastro. Malheureusement mon mari assiste à tout ça, me tiens les cheveux, court me chercher de quoi m'essuyer. Bref ce soir là, il m'a littéralement vu dans tous mes états, à mon grand regret. Sans oublier le lavement, il a tout vu, tout entendu...

Minuit:    La SF revient et me demande si je veux toujours la péri?! Quelle question, j'attends que ça! On déménage une nouvelle fois, tout le couloir à traverser pour arriver à la salle d'accouchement. Une fois arrivée, on m'aide à m'installer sur le lit (j'ai maaaal!!!), à enfiler une blouse; à me faire manipuler, je me sens vraiment comme une impotente. Une fois allongée, je n'ai plus rien à quoi m'accrocher lors des contractions. C'est l'enfer, j'ai tellement mal que je souhaite mourir! Je ne pensais pas que ça me ferait cet effet là! On me pose le cathéter: je suis sensé rien sentir mais ça me fait un mal de chien ce truc dans mon bras!

Mardi

00h30:   On demande à mon mari de sortir. La SF m'aide à m'asseoir sur le lit (horreur!) et me badigeonne de bétadine. Je suis seule avec la SF, je me sens perdue, personne à qui tenir la main pendant les contractions. Le temps me paraît long, l'attente interminable...L'anesthésiste arrive enfin. Monsieur prend son temps, c'est de la routine pour lui (et sa rapporte bien, vu sa montre de luxe qu'à remarquer mon mari/on a aussi senti passé le dépassement d'honoraires). Il s'agit malgré tout de mo sauveur ce soir-là. Il me demande mon niveau de souffrance sur une  échelle de 1 à 10. 10!! sans hésiter. JE VEUX MOURIR!!10!! Il me pique alors dans le dos: là aussi je suis sensée rien sentir. Peut-être n'ai-je pas eut de chance cette nuit-là mais moi qui ne suis pas douillette, je l'ai sentie passer! J'en ai marre, je veux que ce cauchemar s'arrête!! Une fois terminé, on m'allonge de nouveau: nouvelle galère cependant on me rassure, ça ira mieux dans 10 min. Mon mari revient dans la salle.

10 min passent et Oh! Miracle!  Je ressens plus rien! J'ai du mal à croire que j'ai encore des contractions mais le moniteur confirme que oui. C'est presque magique, je peux enfin me détendre, je n'en reviens pas. 

A partir de là, je n'ai plus la notion du temps. J'ai tellement souffert que je me laisse aller, je m'endors, je somnole. La SF m'examine toutes les heures: je m'en fiche je ne sens plus rien. 

A partir de maintenant, le plus dur de l'accouchement est passé pour moi. J'en suis soulagée encore aujourd'hui quand je l'écris. Au bout de quelques heures, on constate à l'examen que je suis dilatée à 10 cm: c'est le moment. La SF appelle le médecin. Autour de nous tout bouge, tout se met en place. Nous sommes contents que le moment approche. Mon mari me rassure en me disant que je vais y arriver et moi je me demande comment il peut le savoir puisque je ne sais même pas ce que je dois faire.  

Le gynécologue entre accompagné de 2 SF dont une nouvelle. Ils s'installent, s'équipent, approchent le matériel, inspectent le moniteur... "Il va falloir pousser à la prochaine contraction". Moi je veux bien mais c'est quand? Je ne sens plus rien là en bas (et pour les heures qui ont suivies, cela m'a bien arrangé!). La SF inquiète que je ne ressente vraiment rien, diminue la péridurale. Je suis un peu effrayée: pitié je ne veux plus souffrir! Fort heureusement, cela n'a rien changé et je me suis bien garder de le signaler. Ca y est, on me dit qu'une nouvelle contraction arrive et que je dois pousser. Je pousse, je pousse, mais je pousse quoi? je ne sais pas. Effectivement on me dit que ça n'a pas été très efficace. (Putain de cours de préparation à la naissance à la noix! ça prépare que dalle!) La SF m'explique vaguement comment faire, une nouvelle contraction arrive, je pousse de nouveau: cette fois on me félicite. Le gynécologue fait tout de même approcher la table à instrument: ce n'est pas si efficace que ça finalement?! J'étais déçue, tous ces efforts sont vains et il va avoir recours à des spatules? 

Je crois que c'est ce qui me motive à pousser plus fort à ce moment là. "On voit ses cheveux!" nous dit on. Mon mari me sourit, on y est presque. La prochaine poussée fut la dernière. La contraction arrive, je pousse très fort et en même temps je ressens une pression énorme sur le ventre! Une pression douloureuse, on dirait qu'on m'écrase le ventre. Les yeux fermés je ne voyais rien mais c'est bien plus tard que mon mari me raconta qu'on m'avait serré le ventre dans un drap pour expulser le bébé et éviter les instruments. Et en effet il était sorti. Je ne l'avais pas senti, pas vu, pas entendu... De suite on demande au père de couper le cordon, ce qu'il fait immédiatement. Je suis soulagé mais dubitative je ne vois toujours rien et n'entend toujours rien! 

Dès que le cordon fut coupé, on me le posa sur le ventre. Ca y est, il était là, tel un ange posé sur moi: un flot de larmes m'envahie, c'est l'émotion! Il était si petit, si beau...mais si silencieux! Cela n'a duré que quelques secondes, ils l'ont vite repris et emmené dans une autre salle. La SF m'explique qu'on doit l'emmener pour le soigner et aspirer: ce pauvre petit est né avec le cordon autour du cou et avait avalé du liquide plein de méconium. Pendant une heure il sera sous surveillance, en couveuse et loin de moi. La rupture est brutale. Après 9 mois l'un dans l'autre, plus rien. Le câlin que j'avais tant rêvé ne pouvait se faire et il était carrément dans une autre pièce! Rendez moi mon enfant!

Pendant ce temps on me retire le placenta, on me recoud une petite déchirure (qui me fera souffrir plus tard). Je ne sens toujours rien mais je commence à en avoir marre d'être 4 fers en l'air depuis des heures!

Une heure plus tard, on dit à mon mari qu'il peut aller voir le bébé. Enfin un contact avec notre bébé. Quelques minutes plus tard, il revient avec la couveuse. La pédiatre nous explique qu'il faut qu'il y reste encore une demi-heure... La demi-heure la plus longue de ma vie. Mon bébé crie, pleure, hurle dans cette boîte et je ne peux l'aider! Toutefois, il va bien; grâce à la médecine moderne, il est vivant!  Je peux au moins lui caresser la main à travers l'orifice de la couveuse. C'est le 1er contact, un instant magique! Il est si doux. 

Une demi-heure plus tard, il est enfin posé dans mes bras et tète...

Rendez-vous sur Hellocoton !

accouchement grossesse

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site